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lundi 16 mai 2016

Review : Verdon secret, de François Bertrand

De François Bertrand
50 minutes, France
Produit par Camera Lucida Production
Sortie le 27 mars 2016
Avec Assa Sylla, Nicolas Robin, Renaud Amalbert
http://verdonsecret.com

François Bertrand nous dévoile dans ce film en 3D l’histoire et l’intérieur de la gorge du Verdon, le plus grand canyon d’Europe avec plus de 40 km de long, dont 10 km qui sont inaccessibles sauf en kayak, et qui constituent le Verdon secret. Après avoir pensé le projet depuis 1995, après des conditions de tournage extrêmes et une postproduction de 8 ans, des images magnifiques survolent ce paysage vierge de toute trace humaine, avant de plonger au cœur du sujet et de la gorge. Car en plus de descendre à 700 mètres, François Bertrand revient aussi 100 ans en arrière, sur l’histoire d’Edouard Alfred Martel, inventeur de la spéléologie et premier homme à avoir affronté le cours dangereux du Verdon, donnant son nom au chemin du canyon.

Ce retour en arrière à visée documentaire est identifié par des reconstitutions en noir et blanc, qui s’imbriquent dans une fiction plus moderne de deux jeunes, Idalgo et Clara, qui découvrent eux-mêmes le Verdon, respectivement en kayak et à pied. C’est l’histoire d’une rencontre mais aussi d’une communion avec la nature, où la technologie n’a plus sa place (bien que le film soit en grande partie filmé par des drones). Cette nature est sublimée par des images qui dévoilent chaque aspect de la falaise sous tous ses angles, de façon immersive grâce à l’utilisation de la 3D et de points de vue subjectifs du canoë en Go pro. Mais si cet aspect documentaire est totalement convaincant, l’aspect fiction l’est beaucoup moins et manque d’aboutissement, en grande partie à cause des acteurs – si on peut parler d’acteurs – qui alourdissent le film par des répliques superflues et futiles, sans aucune conviction de surcroît. L’idée du docu-fiction n’est pas fondamentalement mauvaise et apporte une grande pédagogie au film, qui correspond bien à un écociné ou un musée du Verdon, mais de là à parler de cinéma, on aurait préféré une simple voix OFF plutôt que de prétendre raconter une histoire aussi creuse que la gorge.

On souligne cependant, encore une fois, une photographie remarquable qui caresse les contrastes de la roche, des végétaux et des ombres sous les feuilles brunes de l’automne. Un beau message écologique s’y dessine en opposant la virginité et la pureté du lieu, indomptable et imprévisible, face à la sédentarisation humaine et sa domestication du paysage, son désir de possession épargnant ces 10 km du Verdon secret. La falaise monumentale et vertigineuse y écrase la figure humaine qui n’y est plus que peu de chose, disparaissant entre les crevasses. L’histoire suit à proprement parler le fil de l’eau, dont le son, apaisant ou effrayant, accompagne le film. Mais filmer le Verdon c’est aussi l’apprivoiser, et le réalisateur conserve ainsi un peu du mystère du Verdon en n’exposant pas tout mais plutôt en invitant à le découvrir par soi-même (du moins la partie accessible).
Un beau film donc, qui oscille trop entre documentaire et fiction mais proposé en salles avec une exposition de photos et une présentation du film.

samedi 19 mars 2016

Review : Carmina de Paco Leon

De Paco León
Date de sortie le 13/07/2016
Espagne
Distributeur : Bodega Films
Durée : 1h33
Avec Carmina Barrios, Marià León, Yolanda Ramos
Prix Jules Verne au Festival du Cinéma Espagnol de Nantes

Une comédie cynique, dans laquelle une femme, avec la complicité de sa fille, cache le corps de son mari mort d’une crise cardiaque pendant deux jours afin de pouvoir toucher sa prime du lundi. Mais c’est aussi un temps qui lui permet de faire son deuil, avant que les voisins et amis ne viennent investir l’appartement, plus ou moins attristés.

Carmina, c’est un personnage extravagant aux méthodes bien particulières : elle ne ment jamais, mais ce qu’elle dit devient toujours la réalité; pour déloger des squatteurs du salon de beauté de sa fille, elle leur fait la bise en mangeant des graines de tournesol ; et pour régler les problèmes de couples, rien de plus simple : un post-it, une photo d’identité, et un peu de sucre en poudre, le tout dans un mug et recouvert de votre main sur laquelle vous portez votre alliance, tout en priant au nom du saint Romarin.

Carmina est un film qui nous fait rentrer dans l’intimité d’un couple, dans leur appartement, qui devient un véritable huis clos. Sous la lumière blafarde du néon de la cuisine, Carmina apparaît le visage creusé de rides et de cernes, auréolée de la fumée de sa cigarette qui ne la quitte pas. On s’y croirait presque, une double mise en abyme du cadre incluant le spectateur dans la cuisine et dans le salon en arrière-plan. Ce dernier est fermé par une porte en verre fumé derrière laquelle disparaît et repose feu Antonio, et derrière laquelle Carmina le cache, en hors-champ. Ce dernier est ainsi toujours présent soit par les questions des voisins ou de sa petite fille qui demandent en vain où il se trouve, qui remarquent l’odeur fétide régnant dans la pièce malgré les paquets de frites et de steacks surgelés précautionneusement disposés sur le corps dudit Antonio par sa veuve pour limiter les dégâts.

Si les rapports semblent régis par l’argent : Carmina qui vole son mari décédé et qui le cache pour toucher sa prime ; qui semble aussi acheter sa fille, et se bat avec la voisine pour une facture ; cette mort renouvelle aussi leurs relations. Mais c’est surtout un temps de deuil, pendant lequel Carmina dit adieu à son mari en lui parlant, avant de parvenir à reprendre sa vie. Le film est alors divisé en deux : la mort réelle d’Antonio, dont seules Carmina et Maria sa fille ont connaissance ; et sa mort officielle ou sociale, annoncée publiquement, lui donnant une dimension plus réelle.

Le tout est traité dans une esthétique du quotidien et de l’intimité, totalement dans la tradition artistique espagnole depuis la peinture du XVIIe siècle avec ses visages usés, toujours teintée de religiosité mais aussi d’humour, dans la veine du Volver de Pedro Almodóvar mais avec une facture plus à la Dardenne, caméra à l’épaule en plan rapproché ou gros plan, avec une certaine crudité. Ce mouvement continu de la caméra en panoramique, ainsi que celui du personnage principal, interrompus et relancés par les autres, donnent un certain rythme au film malgré son unité de lieu. Le seul moment qui pourrait être poétique, celui de l’enterrement au ralenti, digne d’une scène de mise au tombeau, est brisé par le son brutal de l’incinérateur.

Le film sortira en juillet en seulement 50 copies, n’attendez donc pas quand vous le verrez à l’affiche !