Réalisation,
Scénario : Kiyoshi
KUROSAWA
Production
: Takashi
HIRANO
D’après
l’œuvre de : Rokurô
INUI
Compositeur :
Kei
HANEOKA
Image : Akiko ASHIZAWA
Image : Akiko ASHIZAWA
Montage :
Takashi
SATO
Chef
décorateur : Takashi
SHIMIZU
Casting :
Takeru
SATO, Haruka AYASE, Jô ODAGIRI, Miki NAKATANI, Shôta SOMETANI
Distribution :
Version
originale, Condor, Twins Japan, TBS
Durée :
2h17min
Sortie :
26
mars 2014
A
|
près
un passage au Festival du Film Asiatique de Deauville et au Paris International
Fantastic Film Festival, le nouveau film de Kiyoshi Kurosawa mérite qu’on s’y
attarde. Une errance en pyjama entre le monde du rêve et du souvenir vers une
chute aussi inattendue qu’imagée qui n’entrave pas le charme délicat de cette
science-fiction.
Le réalisateur japonais parvient
réellement à donner une certaine grâce à cette romance qui s’avère tourner en
une véritable quête de soi. Une histoire d’amour en effet, puisqu’elle s’ouvre
avec une promesse d’éternité : « je voudrais qu’on reste ensemble
pour toujours », laquelle ouverture sera refermée et bouclée 2h17 plus
tard. Pour tenir cette promesse, Koichi s’immisce dans l’inconscient de sa
femme Atsumi alors dans le coma, pour tenter de la ramener à lui. Mais cette
passion totalement équilibrée ne prend le pas ni sur le genre de science-fiction,
ni sur l’enjeu principal sous-jacent qui lui est intimement lié : le réel.
Sous une musique à la monumentalité digne
du 2046 de Wong Kar Wai, sans être envahissante pour autant ; Koichi se
retrouve entre l’univers imaginé du manga qu’il dessine, celui fantasmé avec sa
femme dans des sortes de rêves, ses flash-back et sa propre vie, chaque
projection mentale s’interpénétrant. Kiyoshi Kurosawa affirme avoir remarqué
que les mangas perdaient aujourd'hui les codes traditionnels qui étaient les
leurs, pour aller vers des dessins beaucoup plus réalistes, en oubliant les
visages stéréotypés qui les caractérisaient. La confusion entre cet univers
fictif, provenant de l’imagination du dessinateur, avec ses souvenirs refoulés
et sa propre vie, s’explique donc.
Mais c’est alors que le spectateur
s’est familiarisé avec cet univers et que la résolution semble inéluctable que le
film en prend le contre-pied. Toutes ces projections mentales se réunissent
enfin pour en laisser voir l’origine, annoncée subtilement au début mais qui
nous échappe cependant, pour entrer dans un monde psychanalytique. La question
est donc bien celle du réel, qui par son absence en devient tout l’enjeu. Où
est le réel par rapport à l’inconscient ? La désillusion vécue, mêlée à la
jubilation du spectateur décontenancé, est à l’image du personnage principal
regardant la ville qui se déconstruit devant ses yeux.
Et l’ingéniosité de K. Kurosawa est
bien de poser tout au long du parcours des motifs qui accrochent le spectateur et
font la transition avec la deuxième partie. Cette subtilité réside également
dans le jeu des acteurs, dont les répliques restent comme en suspens, se
mouvant avec grâce, presque comme les « fantômes philosophiques » évoqués
dans le film, qu’elle finit par devenir. Rien n’est dans la surenchère, si ce
n’est le motif du plésiosaure décliné en pendentif, dessin, statuette dans la
bibliothèque, maquette au musée et… images de synthèses. Mais il est presque
indispensable comme fil directeur et déclencheur de la quête de Koichi, d’abord
pour elle, puis pour lui.
Une preuve que science-fiction ne rime
pas forcément avec superproduction. Le côté futuriste est d’ailleurs très
discret au début et arrive
principalement avec les technologies qui permettent le contact entre les deux inconscients,
puis s’installe progressivement dans le film. Cette douceur sur le fond est
contrebalancée par un rythme dynamique, dans le montage de plans dont la
longueur s’égalise avec les mouvements de caméra ou des personnages, coupés en
cut ou par des fondus en tâches d’encre qui renforcent l’idée de passage vers
le manga. La variété des lieux et décors rajoute au dynamisme (île, salle de
gym, appartement, laboratoire, bureau) et à l’idée d’errance, tout en
s’inscrivant dans un cadre, gravitant toujours autour de lieux
symboliques : l’appartement et le laboratoire, avec une symétrie, une
rigueur qui nous permet de garder nos repères, sans pour autant paraître
redondant. Car cette symétrie autorise une progression, des espaces fermés, en
sous-sols ou remplis de brume (de l’inconscience), associés à une composition
totalement géométrique ; à une véritable jungle dans un camaïeu de verts ; ces deux espaces
étant découpés par les phases laboratoire-appartement. Cette composition
rigoureuse permet le passage dans des considérations plus abstraites.
Le réalisateur, qui a touché à
plusieurs supports (série B, court-métrage, téléfilm), sait ici exploiter tous
les outils du cinéma pour exprimer tous les enjeux du long-métrage. Ses jeux
avec la lumière, essence même du cinéma, sont particulièrement remarquables.
Cette dernière, comme une sorte de présence divine ou comme dans un tableau de
Hopper, à la fois remplit et fragmente les espaces. Kurosawa réalise par
moments de véritables tableaux, par des plans qui se résument aux jeux de la
lumière sur l’eau ou sur des rideaux.
En
somme, un film sans prétention qui parvient à surprendre le spectateur et le
transporter totalement dans son univers fictif et fantastique, grâce à une mise
en scène habile, tout en laissant une multiplicité de lectures possibles.


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